Cette première édition des Journées de mars (édition 2008), de la Faculté de Médecine et de Pharmacie de l’Université d’État d’Haïti (FMP-UEH) a rassemblé praticiens et étudiants les 5 et 6 mars derniers. Le thème de ce Congrès « Les objectifs du millénaire pour le développement : état des lieux des objectifs pour la santé » a été présenté en une série de conférences et d’ateliers de travail animés par divers experts de pathologies et de problèmes ciblés (le paludisme, la tuberculose, le VIH/Sida, le tétanos néonatal, la drépanocytose, la morbidité et la mortalité liées à la grossesse et d’autres problèmes émergents) tout en prenant en considération l’impact de l’environnement sur l’état sanitaire du pays.

Le concept tout entier était placé sous le signe de la Réforme : réforme des études médicales, soulignée par le Recteur de l’Université, réforme ou changements à apporter afin d’atteindre ces objectifs du millénaire en matière de réduction de la mortalité infantile, d’amélioration de la santé maternelle et de lutte contre le VIH/Sida et d’autres maladies.

Cinq thématiques ont été traités en neuf sessions: La Mère et l’enfant : piliers d’une société, Parasitologie : une question d’actualité, Connaissances et conscientisation au service de la communauté, Tour d’Horizon d’une pathologie : le Sida, la Tuberculose. Les communications, présentées par des chevronnés des milieux universitaires et scientifiques, se sont toutes singularisées par les différentes approches, expériences et données partagées avec l’assistance. Le Directeur général du Ministère de la santé publique et de la Population, Dr Gabriel Thimothée, avait donné le ton avec le profil de la politique sanitaire nationale. Le Vice Recteur académique de l’Université d’État d’Haïti, Monsieur Wilson Laleau, allait poursuivre avec sa brillante intervention sur le rôle de l’Université face aux objectifs du millénaire pour le développement. Avec l’intervention du Dr Lalande, Vice Doyen de la Faculté de Médecine de l’Université de Montréal, un des concepts majeurs de ces journées était abordé à travers son exposé sur le parcours de son Université dans la quête d’une harmonisation entre les réalités du terrain et la formation offerte aux futurs Médecins.

Se sont succédés sur le podium les équipes de l’Université Antilles-Guyanne, de l’Université McMaster du Canada, de l’Université d’Amiens avec le retour au bercail de l’éminent Professeur Christian Raccurt, des Centres GHESKIO qui n’ont pas marchandé leur collaboration et ont su partager leurs riches expériences sur le terrain.

Des modérateurs ingénieux, comme les Dr Joelle Deas VanOnacker, Ulrick Severe, Jean Fleurival, Reynold Grand-Pierre, Vladimir Larsen, Brunel Deloney, Gueldy Parisien, Marie Ener Jean-jacques, Philippe Hugues Carrenard, Fritz Guillaume, Rodolph Malebranche, Alix Lassegue, George Beauvoir, Greta Roy et l’infatigable Gerald Lerebours, ont su renforcer et orienter les discussions après les séances. On ne saurait ne pas se rappeler du très dynamique panel des Docteurs Giles, Oriol et Leveque et de celui des Docteurs Volvick Remy Joseph et Pierre Despagnes.

Il faudrait remonter à environ vingt cinq années pour retrouver les dernières prestations d’éminents Médecins haïtiens et étrangers autour de thèmes médicaux et para médicaux dans l’enceinte de cette Faculté. Le Décanat de la Faculté de Médecine et de Pharmacie a réussi ce pari de faire revivre l’ambiance scientifique.

Le panorama du système sanitaire national avec l’emphase sur les différentes stratégies en exécution et/ou souhaitées, a permis à l’assistance, de mieux cerner la logique derrière un certain succès dans la réduction de la mortalité infantile constatée à partir des derniers rapports y relatif. L’annonce de l’arrivée future de certains types de vaccins sur le marché est ainsi considérée comme une éventuelle réponse à l’inquiétude traduite par les interventions traitant des maladies immuno-contrôlables, ces dernières exerçant un impact non négligeable sur la mortalité maternelle et/ou infantile. D’un autre côté, le profil de certaines pathologies, dont souffre la population, comme la Drépanocytose avec une forte prévalence dans notre communauté, ce qui devrait conduire à une approche plus systématisée et la Glomérulonéphrite dont la prise en charge est devenue plus astreignante de par les déficiences des structures d’accueil, a aussi été dressé.

La santé maternelle, a été abordée dans un cadre plus large, en faisant y ressortir l’interaction inévitable des grands problèmes de l’heure : le Sida et les violences sexuelles. L’avantage d’une stratégie intégrée est démontré et il a été suggéré que la promotion d’un tel concept devrait contribuer à un accès à des services de qualité, et à un faible coût.

Le poids de la gestion de l’environnement dans la situation sanitaire est mis en exergue avec les données rapportées sur la malaria et la Filariose. L’impact des déplacements de population augmentant les risques d’importation (à l’heure de la globalisation) de différentes souches de paludisme par exemple, a aussi retenu l’attention. La question des déchets, tout particulièrement ceux qui sont générés par nos pratiques médicales courantes, est abordée sur ses différentes facettes, en insistant encore, sur cette inter relation entre l’environnement et la santé.

Mais comment se soucier de l’environnement, des conditions de la gestion sanitaire, de l’impact et des retombées de certaines pathologies si ces mêmes interrogations ne s’initient pas au sein de la communauté. La place et le rôle de la recherche avec son corollaire indispensable : l’étique, tout en insistant sur le droit du patient, ont été brillamment défendus.

Une vue d’ensemble sur le Sida et la tuberculose était le dernier thème de ces activités scientifiques. L’interaction entre ces deux pathologies, est abordée en insistant sur l’influence de la tuberculose sur l’évolution et la prise en charge de la pathologie VIH. En commençant par la politique nationale de lutte contre la tuberculose, les principales étapes de la prise en charge, du diagnostic clinique au diagnostic para clinique, en passant par l’interaction entre ces pathologies préalablement mentionnées, ont pu être discutés.

La participation estudiantine à ces journées a été particulièrement remarquable. Des ateliers de formation leur étaient destinés spécifiquement. La FMP-UEH a voulu saisir cette opportunité, cet esprit de partage d’expériences et de données autour d’une réalité sanitaire qui est nôtre, pour leur offrir des outils de base dans leur formation médicale initiale. La sécurité des injections et la gestion des déchets par exemple, sont de nouveaux « chapitres » dans la formation du futur récipiendaire de la Faculté. Avec l’équipe du Dr Gérald Lerebours (MMIS/JSI) les étudiants en médecine de 1ere et 2eme année, de Technologie médicale et de Pharmacie des 1eres, 2eme et troisième année, ont, chaque spécialité dans le contexte qui le concerne, bénéficié des notions de prévention et de principes adéquats dans la manipulation du matériel injectable et le tri des déchets générés. Les Centres GHESKIO, leader dans la formation sur la pathologie VIH et les problèmes connexes ont partagé avec le groupe I-Tech, la lourde tâche de transmettre sur une période aussi courte des notions aussi importantes que l’épidémiologie, la physiopathologie du VIH, la pharmacologie des anti rétroviraux (ARV), la prise en charge par une équipe multidisciplinaire des patients infectés par le VIH, la prise en charge de la co-infection VIH/TB, le diagnostic de laboratoire du VIH, la prise en charge de la femme enceinte séropositive et la prise en charge des victimes d’agression sexuelle. Ces dernières activités ont surtout concerné les étudiants des 3 eme, 4 eme et 5 eme années de Médecine et de 4 eme année de Pharmacie.

La table ronde qui a clôturé ces journées a permis de faire le point sur la formation initiale en sciences de la santé en regard des objectifs du millénaire pour le développement. Au Doyen Prosper et au Vice Doyen Severe se sont joints les Vice Doyen de la Faculté de Médecine de l’Université de Montréal, le Dr Lalande, de l’Université Antilles Guyane, le Professeur Carme, le Chef de Service de Médecine Interne à l’Hôpital de l’Université d’État d’Haïti, le Dr Alix Lassegue et l’éminent Dr Daniel Henrys. Ce moment ultime des journées de mars allait offrir à l’assemblée des réflexions les unes plus judicieuses que les autres, évoquant cette brûlante interrogation qu’est le profil optimal du futur Médecin appelé à soigner la population haïtienne. Les brillantes interventions sur la place de la Médecine traditionnelle et sur l’importance des coutumes, ont permis de soulever des aspects combien importants dans la quête d’un Médecin imbu des exigences de son environnement. Les Vice Doyens de l’UAG et de l’UdeM ont su traduire leurs expériences respectives et apporter des éléments de réflexion face au souci de la FMP de permettre au futur Médecin haïtien de mieux connaître non seulement son patient mais aussi le monde autour de lui.

Les journées de mars, édition 2008, ont abordé les problématiques inhérentes aux conditions socio-économiques nationales. Elles ont permis de poser le problème, en terme de rôle que le jeune médecin est appelé à jouer dans sa communauté et surtout en terme de coexistence indispensable entre l’homme et son milieu environnant. Les objectifs du millénaire pour le développement, d’après le fond des nations unies pour le développement, ne seront pas atteints par Haïti. Au sein de l’Université, plus précisément à la Faculté de Médecine et de Pharmacie, l’enjeu est de taille. Quelle peut être la contribution à apporter ? Une réforme institutionnelle s’impose en vue de réorienter le profil du praticien de demain : en insistant sur les caractères démographiques et géopolitiques régionaux de l’heure, en admettant les conjonctures socio-économiques nationales, en acceptant les réalités du terroir et surtout en prenant en considération le lourd héritage d’une formation classique qui se cherche encore. Au niveau de chaque Département d’enseignement l’autocritique est inévitable et il faudra que nous admettions que ces dispositions aussi pesantes qu’elles puissent paraître, constituent la pierre angulaire pour la sauvegarde même de notre société. Bien sûr, cela va sans dire, que la FMP-UEH, ne saurait faire cavalier seul en matière de réforme, mais qu’elle devrait surtout, s’intriquer dans un processus global de réforme au sein de l’Université elle-même.

 
Faculté de Médecine et de Pharmacie de l'Université d'Etat d'Haïti .FMP-UEH . .

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