Après une analyse préliminaire de la situation par les participants, le spécialiste canadien égrena la liste des défis à relever:

Offrir une disponibilité de soins à la population

  Trouver des emplois pour nos jeunes diplômés

  Contrer la fuite pernicieuse des cerveaux vers l’étranger

   Améliorer les conditions déplorables de travail

   Obtenir l’adéquation de la formation reçue, aux problèmes du milieu.

             Ne restait plus qu’à envisager des pistes de solution. C’est ici que fut introduite celle de l’éducation par compétence.

 

LA METHODE D’EDUCATION PAR COMPETENCES

            Elle n’est pas nouvelle. Selon Côté, au cours des dernières décennies, des universités majeures, tant en Amérique du Nord que dans les pays d’Europe, ont élaboré et réussi leurs réformes universitaires à partir de cette méthode. Et l’expert de citer en exemple, dans le seul giron de la francophonie, des Universités du Canada, de la Suisse, de la Belgique et de la France.

            L’approche par compétences est une technique qui consiste à définir les compétences indispensables à l’exercice convenable d’une profession et à les formuler en objectifs et standards à atteindre dans le cadre d’un programme d’études.           

            Les compétences sont les cibles principales de la formation. Une compétence permet de réaliser adéquatement des tâches ou des activités de travail. Elle réfère à un ensemble organisé de connaissances, d’habiletés et d’attitudes, impliquant donc, un savoir, du savoir-faire et le savoir-être.

            Bien que rigoureuse, la méthode se doit d’être adaptée au contexte. Elle commence par l’analyse des tâches d’une profession, qu’elle traduit en compétences. Une fois identifiées, ces dernières sont définies en objectifs opérationnels puis formulées en termes de comportements observables.

            L’élaboration d’un programme à partir de cette méthode se fait en trois phases:

      la présentation d’un projet de formation

      la définition d’un programme d’études

                •      la mise en forme des activités d’apprentissage.

            Le projet de formation, en tout premier lieu, incombe au commanditaire du travail à entreprendre. Il établit les buts généraux de l’entreprise et constitue donc l’étape initiale dans la construction du programme d’études. S’y retrouvent les grandes lignes de ce programme, ses buts et les compétences qu’il permettra d’acquérir.

            Pour le projet d’élaboration du profil du diplômé en Médecine, c’est au vice doyen en Médecine de la FMP/UEH, le Dr Dodley Sévère qu’il revint d’exprimer ce qui était ressorti des réflexions et échanges. Il le fit en ces termes:

“Le Médecin de demain quelque soit son point final d’attache, doit être un agent de développement. Il ne peut plus vivre en dehors de son environnement, indifférent aux soucis et aux tumultes de sa communauté. Sa formation devra lui permettre, d’être à même de s’impliquer dans l’analyse des situations, l’organisation des structures et l’application des principes sanitaires fondamentaux, ensemble indispensable à l’apport de soins de qualité. Sans cette capacité, il se retrouve impuissant devant les incompréhensions et mésinterprétations de la logique dictée par les inégalités sociales, les pathologies émergentes et les calamités naturelles. Il ne devra plus se contenter de constater la malnutrition sévissant dans sa bourgade (s’il milite dans l’arrière pays) ou dans son quartier (s’il a fait le choix de vivre en région urbaine), mais devra d’abord essayer de comprendre le pourquoi de cette situation. La réponse à cette question, le portera peut être à s’asseoir avec son compatriote Agronome, à visiter le paysan, à questionner la marchande, bref à aller vers la source du problème dont l’aspect médical n’est qu’une conséquence. Avec un tel comportement, il pourra s’assurer que la situation observée ne se perpétuera pas.”

 C’est donc cette vision d’un médecin qui s’implique, au lieu de constater et de geindre, que le programme aura pour but de concrétiser.

             Partant de ces prémisses, l’équipe constituée s'attelle à la construction du programme d’études. Cette seconde étape amène à l’identification des compétences spécifiques nécessaires au praticien et requises dans les buts généraux du projet de formation. Le travail consiste alors, une fois les compétences déterminées, à les agencer en un ensemble cohérent, formulé par objectifs et standards. Ces objectifs et standards présentent une description des résultats recherchés par la formation. Ce sont les cibles obligatoires du programme d’études.

            Dans la troisième étape, l’équipe de production se retrouve face aux futurs utilisateurs du programme. Les compétences, associées à leurs objectifs et standards, sont en état désormais de permettre la structuration d’un curriculum. C’est à cette étape qu’entrent en scène les modalités d’enseignement. Les professeurs et les conseillers pédagogiques sont les principaux acteurs de cette ultime tâche, qui aboutira au choix des cours d’un programme donné et à leur articulation en un système cohérent.

 

QUATRE MOIS DE TRAVAIL PRODUCTIF

            Le vendredi 13 février 2009, à l’issue de trois journées fort intéressantes de partage intense avec l’expert canadien, la commission constituée pour l’élaboration du Profil du Diplômé en Médecine, avait acquis les outils nécessaires à sa tâche. Le tout premier exercice auquel il se livra fut celui des analyses de situations de travail ou AST. Afin de s’assurer que les techniques délicates de cette démarche avaient été maîtrisées, les premières répétitions se firent par l’interrogatoire de membres du groupe. Furent ensuite reçus les deux premiers interviewés, sous les yeux du formateur. Enfin, M. Côté regagna ses pénates, promettant de rester à la disposition du groupe, par voie électronique. A trois reprises, au cours des quatre mois suivants, il allait reprendre le chemin d’Haïti, pour ponctuer nos recherches de son apport personnel.

 

Le comité

      Séance d'AST

Les AST, permirent aux commissionnés de rencontrer des professionnels praticiens d’orientations diverses et à différents niveaux de leur carrière. Pour qu’elles fussent fiables, elles durent rechercher l’échantillonnage le plus large et le plus diversifié. Dans le cas qui nous occupe, 5 médecins furent invités. Ils furent choisis, avec le souci d’une représentation équilibrée, aux points de vue du sexe, du type d’activité (chirurgie-médecine, libéral-hospitalier), du milieu d’exercice de la profession (zone métropolitaine, ville de province, milieu rural), de l’ancienneté de la pratique, etc.

             L’échantillon était distribué comme suit:

      un chirurgien, de plus de 25 ans de carrière.

      une pédiatre, avec environ 10 années de pratique

      un médecin-résident, en deuxième année de formation

      un jeune diplômé actuellement, en service social

      un interne de l’HUEH

             Au cours de ces entretiens, ces médecins furent invités à décrire leur profession. Ils énoncèrent leur mission, les contraintes et les frustrations de leur situation professionnelle respective, mais aussi leurs accomplissements et leur fierté d’oeuvrer, par le travail, à se tailler une place dans le milieu. Bonne note fut prise des points forts et des insuffisances de leur préparation à l’accomplissement de leurs obligations quotidiennes, ainsi que de l’adéquation entre leurs expériences professionnelles respectives et les besoins réels du milieu.

             Les AST permirent, à la lumière de l’objectif défini dans les buts généraux, d’isoler les compétences requises afin d’atteindre aux résultats poursuivis. Au terme de discussions passionnées sur des concepts variés et précis, après d’interminables échanges contradictoires sur la sémantique, mais aussi et surtout, sur le sens profond des vocables à retenir, l’équipe d’élaboration déboucha, fin mai, sur un profil de sortie. Il leur avait fallu une vingtaine de réunions de 5 heures environ.

             Les membres de la commission: Dodley SEVERE, Rodolphe MALEBRANCHE, Vladimir LARSEN, Judith EXANTUS, Dominique EYMA, René DOMERSANT, Carine CLEOPHAT, et Georges BEAUVOIR, purent enfin se démobiliser. Réunis souvent en fin de semaine, parfois les jours fériés, d’abord au décanat de la FMP/UEH, puis plus tard, lorsque ce fut devenu impossible, au local du PARC à Bourdon, ils avaient vécu une aventure passionnante de quatre mois et campé le profil ébauché dans les buts généraux. 

 

LE PROFIL DU DIPLOME EN MEDECINE

            Le nouveau profil mit en exergue les fonctions essentielles à une pratique de la profession médicale, conforme aux objectifs fixés par les responsables, dans le projet de formation initial. Ces fonctions se lisent ainsi:

1.            La Prise en Charge des Patients.

2.            Le Développement des Connaissances.

3.            L’Engagement dans la Communauté.

4.            La Gestion d’Activités Médicales.

5.            La Valorisation de la Profession Médicale.

             Ces 5 fonctions cardinales du praticien haïtien “idéal”, disséquées en objectifs et standards, se trouvent détaillées dans un document de 27 pages. Elles traduisent la vision des commanditaires de l’ouvrage. Placées dans leur contexte de réalisation avec la prise en compte des critères de performance relatifs à chacune des compétences ciblées, elles campent déjà l’ossature du futur programme de formation.

             Le vendredi 19 juin 2009, en marge du Colloque sur la Réforme Universitaire, ce document fut présenté au Conseil de l’Université d’Etat d’Haïti. Monsieur Côté, rentré spécialement pour l’occasion, se trouva sous un feu croisé de questions, plus pertinentes les unes que les autres, témoignant de l’intérêt des responsables de l’université pour cette nouvelle approche académique.

             Quatre jours plus tard, ce fut au tour de l’AMH de recevoir un exposé du profil du diplômé. Le même enthousiasme gagna l’assistance et les mêmes questionnements furent formulés sur la suite du processus. Désormais, le profil de sortie est aux mains de ses maîtres. Le temps est à l’érection d’un programme d’activités d’apprentissage, adapté aux contingences du milieu et aux besoins en santé de la population haïtienne.

         

 

 
Faculté de Médecine et de Pharmacie de l'Université d'Etat d'Haïti .FMP-UEH . .

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